La chute du Crédit Lyonnais

La chute du Crédit Lyonnais occuperait un site à elle seule. Le lecteur en trouvera facilement sur internet et en librairie toutes sortes de récits de nature à lui couper l'appétit. Comme elle a eu des liens avec la plupart des acteurs actuels des médias, il est difficile de ne pas en parler ici. On résumera donc beaucoup.

Cette banque a été nationalisée en 1946, mais force est de constater que c'est surtout sous les divers gouvernements des présidences de François Mitterrand qu'elle sera utilisée par l'Etat aux fins les plus exotiques.

Dans le secteur des médias :

"L’expansion" du 1/2/2001

Parmi ces "bonnes affaires" figure aussi une participation de 40 % dans la Compagnie des Glénans, une holding très discrète par le biais de laquelle Vincent Bolloré contrôle ses intérêts dans le Groupe Rivaud. () Une situation qui rappelle furieusement Artémis, la holding de François Pinault. Le CDR a eu toutes les peines du monde à en sortir, et l'opération, peu glorieuse pour les pouvoirs publics, a fait l'objet de sévères critiques de la part de la Cour des comptes.

Mais la phase la plus douloureuse sera la direction de Jean-Yves Haberer, de 1989 à 1993. Elle coûtera au contribuable environ 20 milliards d'euros. En particulier à travers la filiale Altus dirigée par Jean-François Hénin, le Crédit Lyonnais se lancera dans une série d'achats fort risqués. On citera en particulier :

Après les échecs SASEA, MGM, la crise immobilière et autres, c'est la faillite en 1993. L'état reprend dans une société de "defeasance", le CDR, les actifs à revendre. Le CDR a donc dû se débrouiller depuis avec Tapie et l'affaire Adidas où la banque a fait un portage contesté pour Robert Louis-Dreyfus, Pinault Artemis et l'affaire Executive Life, etc ...

"Le monde diplomatique" de décembre 2003, article d'Olivier Toscer :

« Au temps de sa splendeur, le Crédit lyonnais public a fonctionné comme une fabrique de nouveaux milliardaires. MM. François Pinault, Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Jean-Charles Naouri, et nombre d’autres membres du Top 25 des grandes fortunes françaises, ont dû à la générosité du Lyonnais de pouvoir développer leurs affaires. Sous couvert de relancer l’économie française, les dirigeants de la banque semblaient toujours disposés à octroyer des prêts généreux à une poignée de ténors des affaires. Ils ne négligeaient pas non plus d’investir directement dans leur négoce en prenant des participations en capital. Une aubaine pour les aventuriers de la finance : un prêt se rembourse, pas une mise en capital... En 1993, lorsque des pouvoirs publics aux abois ont cherché de l’argent frais pour renflouer l’établissement, il a suffi à ces mêmes milliardaires de racheter, à vil prix, les participations de la banque dans leurs affaires. En engrangeant au passage les très coquettes plus-values qui leur ont permis d’arrondir leur fortune. Faillite publique, richesses privées : voilà l’autre histoire du « scandale bancaire du siècle ». (...) Les autorités publiques ont permis à M. François Pinault, conseillé par M. Alain Minc, de faire le même type d’opération. Là, la moins-value pour les finances publiques a atteint 300 millions d’euros, soit 17,64 euros par contribuable. »

Le reste du Crédit Lyonnais fut finalement racheté en 2003 par le Crédit Agricole et porte aujourd'hui le nom « LCL ».

Jean-Yves Haberer fut condamné en appel en 2005 à 18 mois de prison avec sursis pour dissimulation d'informations, ce dont est accusé aujourd'hui Jean-Marie Messier.

Jean-François Hénin a été condamné en 2002 à 15 mois avec sursis, pour autre chose.

Epitaphe de l'affaire, par le "canard enchaîné", le 25/12/2006

« Au terme de plus de 10 ans d'instruction, le parquet de Paris s'apprête à demander un non-lieu total dans le second volet du dossier qui couvre les années 1993 à 1995. Le premier, de 1991 à 1993, avait été jugé en juin 2003, exonérant notamment Jean-Claude Trichet de toute responsabilité, ce qui lui a permis de devenir président de la banque centrale européenne. (...) Le dossier contient deux expertises qui confirment les accusations de falsification de la banque publique. (...) La cour de cassation a annulé le 17 juin dernier un certain nombre de relaxes prononcées en 2003, dont celle de Trichet. Mais cette cassation n'aura aucune conséquence pénale : le parquet de Paris ayant refusé de faire appel en 2003, les relaxés risquent au pire quelques milliers d'euros d'amende. Et le plus gros scandale bancaire de l'après-guerre - un trou de près de 20 milliards d'euros pour les finances publiques qui ne sera pas comblé avant 2012 - se terminera pour le mieux. »

Il y a eu depuis un rebondissement amusant. Le CDR avait de bonnes chances de s'en sortir dans l'affaire Adidas, mais Nicolas Sarkozy est intervenu personnellement pour ordonner un arrangement avec Bernard Tapie, qui donnait à celui-ci environ 250 millions d'euros du contribuable.

"Le canard enchaîné" du 16/7/2008

Selon un professeur de droit spécialiste en la matière « il est sans précédent qu'un contentieux traité par les tribunaux publics, et ce jusqu'à la Cour de Cassation, soit ensuite repassé à la justice privée sans aucun contrôle et sans possibilité de faire appel. »

Il faut dire que Sarkozy compte en 2008 sur Tapie pour présenter une liste européenne de centre-gauche pour emmerder à la fois le PS et le centre. C'est amusant au sens où Mitterrand avait utilisé une liste européenne de Tapie pour emmerder Rocard. Il y a des gens qui ont des spécialités ... lucratives.

Retour dans la forêt