…Vêtus simplement et couverts de poussière, ils ont le visage brûlé des ardeurs du soleil, le regard fier et sévère : à l’approche du combat, ils s’arment de foi au-dedans et de fer au-dehors ; leurs armes sont leur unique parure ; ils s’en servent avec courage dans les plus grands périls, sans craindre le nombre ni la force des Barbares : toute leur confiance est dans le Dieu des armées ; et, en combattant pour Sa Cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et honorable….

SAINT BERNARD de CLAIRVAUX

"Non nobis domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam"
(devise des TEMPLIERS signifiant : " Ce n’est pas pour nous Seigneur, non pas pour nous, mais pour la gloire de Ton nom ")


Le chaos médiéval


La frayeur causée par l’avènement de l’an mil n’est plus qu’un ancien souvenir. La misère, les petites guerres féodales de " divertissement aristocratique ", l’abrutissement des peuples et d’autres joyeusetés du même calibre enfoncent l’Occident dans un chaos indescriptible. A tel point que les suzerains et le clergé, ne sachant plus à quel saint se vouer, autant effrayés, sinon plus, par l’ennemi de l’intérieur que par l’ennemi de l’extérieur concoctent un gigantesque projet rassembleur. Les petits remèdes proposés par l’Eglise ne pouvaient plus endiguer le raz-de-marée des malheureux ni inculquer le moindre bon sens à la noblesse dépravée... Pauvres serfs ! Taillables et corvéables à merci, obligés de partager leurs maigres récoltes avec les seigneurs de l’endroit.


Récoltes souvent saccagées par le passage intempestif des chevaliers en goguette et des hommes d’armes en débandade. En guise de " subsides ", les filles étaient violées, les jeunes gens enrôlés et les récalcitrants pendus ou égorgés. Les uns s’ennuyaient, tandis que les autres en prenaient plein la figure pour pas un rond. Tout ceci commençait à bien faire…

La grande idée consiste à désigner un démon fait de chair et de sang, donc vulnérable : l’ " Infidèle " ; une région lointaine, mais accessible ; et susceptible tout de même d’attiser les convoitises du plus grand nombre. L’astuce suprême : fanatiser les masses, en profitant de la sincère et profonde conviction des gens de bonne foi, très nombreux et de tous milieux. En effet, un grand nombre d’ " excités " se feront occire dans l’aventure, tandis que de nouvelles richesses et de nouveaux territoires viendront renforcer la puissance des " décideurs ". L’objectif avoué : libérer le tombeau du Christ ! Les hésitants recevront comme pénitence, en lieu et place de 3 Ave et de 2 Pater : un pèlerinage à Jérusalem. En cas de refus, ce sera l’excommunication. Tandis que les plus obéissants obtiendront des " indulgences plénières".

Et voici Pierre l’Ermite(*) sorti de sa coquille (aucun lien de parenté avec le mollusque Bernard du même nom) qui prêche avec un franc succès la " Croisade populaire ". Une multitude de malheureux (plus de 100.000, ce qui est considérable pour l’époque), hommes, femmes et enfants s’élancent sur les routes de la Terre Sainte. Ils sont dépourvus d’intendance, ridiculement armés (des fourches, des faux, etc.) complètement inorganisés, affamés, épuisés, sans aucune formation militaire et simplement encadrés par quelques soldats de fortune que commande un noble désargenté, " Gauthier-sans-avoir ". Ils sont surtout guidés par la foi et assurés d’aller au paradis. Ce qui ne traînera pas…

Après avoir déjà perdu une bonne partie de la troupe en cours de route et perpétré plusieurs odieux massacres pour se nourrir (pris par la soif, ils burent le sang de leurs chevaux et leur "propre " …urine), le 21 octobre 1096, à l’aube, non loin de Civitot, le Sultan Kilij Arslan met fin à ce triste carnaval en faisant passer tout ce joli monde de vie à trépas. Le vainqueur triomphe sans gloire et en peu de temps. Quelques milliers de flèches anéantissent rapidement la cavalerie occidentale et déciment les fantassins. Lorsque le corps à corps s’engage, les Chrétiens sont déjà en débandade. Seuls deux à trois mille pèlerins, dont la plupart seront vendus comme esclaves, parviennent à sauver leur vie. Quant à l’illustre Pierre l’Ermite, réfugié depuis plusieurs jours à Constantinople, il s’en retourne de l’autre côté de la Méditerranée, toujours prêt … pour prêcher une nouvelle Croisade.


Au même moment, le preux Godefroy de Bouillon rassemblait et organisait les armées féodales.

En 1097, Nicée tombe comme un délicieux fruit mûr aux mains des Occidentaux. Le 1er juillet de la même année, à Dorylée, les Turcs Seldjoukides conduits par Kilij Arslan, en voyant l’armée franque, demeuraient convaincus d’un succès aussi facile que précédemment. Supérieurs en nombre, bénéficiant de l’effet de surprise, les Seldjoukides utilisèrent leur tactique habituelle : des charges successives de cavaliers légers tirant à l’arc. Godefroy leur opposa une charge de cavalerie lourde. Le résultat fut implacable. Telle une gigantesque chape de fer, la Chevalerie chrétienne s’abattit sur les musulmans. L’infanterie franque, bien disciplinée, en rangs serrés, acheva le travail à la manière d’un rouleau compresseur. Kilij Arslan, Sultan de Bagdad, venait de découvrir, tardivement, un nouvel art de la guerre : l’assaut frontal.


Sur leur lancée, les chrétiens prirent Edesse, puis Antioche, en exterminant complètement, au passage, une armée de secours musulmane commandée par Karbouka, le maître de Mossoul.

Lors de leur arrivée en Orient, les Chevaliers chrétiens avaient été horrifiés en découvrant les cadavres atrocement mutilés des  soldats et des pèlerins de la Croisade des pauvres. L’horrible charnier s’étendait sur plusieurs kilomètres. Des têtes, des jambes, des bras gisaient éparpillés çà et là tout au long du chemin. Des corps en décomposition criblés de flèches, dont celui de " Gauthier-sans-avoir ", étaient pendus ou cloués aux arbres.

Un an plus tard, lorsque les troupes chrétiennes parvinrent devant Jérusalem en 1099, ces visions de cauchemars subsistaient encore en leur mémoire (*).


Provoquant une fois de plus l’étonnement des troupes musulmanes, plutôt que d’ériger des tours et de construire des machines de siège, les chrétiens se mirent en prière et entreprirent une longue procession autour des murs d’enceinte. Certains chantaient, tandis que beaucoup d’entre eux tombaient à genoux en pleurant. Soudain, se regroupant en bataillons compacts, lances levées ils s’élancèrent comme des enragés contre les remparts. Les défenseurs égyptiens ne savaient quelle attitude adopter, étant partagés entre la stupeur et la terreur. Portés par cette foi qui soulève des montagnes, les guerriers et pèlerins chrétiens montaient à l’assaut du Ciel.


La Ville tomba aux mains des attaquants en moins de quinze jours et … le carnage commença. Dans ce contexte, l’expression " ne pas faire de quartiers ", signifiant n’accepter aucune reddition, peut paraître paradoxale. Des quartiers de chair humaine en tout cas, il y en eut, mais par milliers. Les combattants progressaient dans les rues, de maisons en maisons, découpant tous les habitants à la hache ou à l’épée. Le sang coulait à flot dans les rigoles provoquant des mares atteignant la hauteur des chevilles. Les musulmans étaient rassemblés dans les mosquées et les Juifs dans leurs synagogues, ensuite, les Francs incendiaient le tout. A ce moment, la Croix devint gammée de dégoût. Le tombeau du Christ était enfin libéré et purifié par le sang des Infidèles. Le chaos médiéval d’Occident pouvait s’exporter dans le royaume de Jérusalem.

Godefroy de Bouillon refusa la couronne de Jérusalem, car il estimait n’avoir aucun droit de se ceindre la tête d’or, là où son Seigneur Jésus avait porté une couronne d’épines. Le preux Chevalier se contenta du titre : "Avoué du Saint Sépulcre ". Il demeura dans la ville libérée en compagnie de seulement 300 chevaliers et deux à trois mille piétons, le gros de la troupe étant retourné en Europe.

Les pèlerinages continuent, les massacres aussi !

Les pèlerinages pouvaient continuer, d’autant plus que Godefroy venait de créer un nouveau royaume latin et de prospères Etats chrétiens comme Antioche ainsi que Tripoli. Les Chevaliers de St Jean de Jérusalem, nommés également Hospitaliers (ensuite Chevaliers de Rhodes et aujourd’hui Chevaliers de Malte) existaient déjà. Ces moines-soldats vêtus d’un manteau noir orné d’une croix blanche construisaient des hôpitaux de campagne (hospices) et soignaient les pèlerins.

Les actions de ces chevaliers, très louables au demeurant, n’étaient pas militaires au début. Au contact des TEMPLIERS, ils s’amélioreront dans le domaine des armes et s’établiront en Syrie, dans le célèbre " KRAK DES CHEVALIERS ", une impressionnante forteresse perchée au sommet d’une colline. Cette imposante construction existe encore de nos jours.


Quoi qu’il en soit, avant de " rafistoler " les gens, il eut peut-être été plus judicieux de les protéger. D’autant plus que les bandits de grand chemin pullulaient et que l’Islam du prophète Mahomet (la paix soit sur lui…) rassemblait ses forces. Bref, les massacres recommençaient de plus belle. Les routes vers les Lieux Saints comptaient autant de pendus que d’arbres. Le corps médical de l’époque, en l’occurrence ces braves Hospitaliers, était débordé. Au Moyen Age, la mutuelle n’existait pas et le ticket modérateur n’avait pas encore été inventé. En fin de comptes, des renforts d’élite s’avéreront nécessaires.

Voici le temps des Templiers


En 1118, neuf chevaliers conduits par Hugues de Payens se rendent à Jérusalem et sont reçus par le roi Baudouin II. Ils lui exposent leur projet de protéger les " touristes " en voyage pour les Lieux Saints. Les noms de ces neuf héros ne sont pas tous connus. L’origine du fondateur lui-même, Hugues de Payens prête à confusion. Certains historiens lui attribuent une origine champenoise, tandis que d’autres prétendent qu’il provient de l’Ardèche. En réalité, il s’agirait d’un ardéchois devenu officier pour le comte de Champagne. Parmi ses compagnons du début, citons : André de Montbard (de Clairvaux), Geoffroy de Saint-Omer, Payen de Montdidier et Archambaud de Saint-Amand (tous trois issus des Flandres). Quatre autres Français auraient également composé ce groupe.

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