Un premier mystère sans importance surgit déjà. En effet, ces neuf valeureux " chevaliers du Christ " (leur nom d’origine) se confinèrent dans un relatif secret pendant neuf ans au sein d’une annexe du Temple de Jérusalem que leur avait donnée

le roi Baudouin II ( leur nom devint " les chevaliers de la milice du Temple " ou plus nettement … les TEMPLIERS). Que firent-ils pendant tout ce temps ? Nul ne le sait.

Selon les suppositions les plus logiques, il s’adonnaient à la prière et à la vie contemplative de moines sous la Règle de saint Augustin. Après tout, que fait un moine en son monastère (à part de la bière et du fromage…), eh bien, il prie ! Ceci étant, comme ils vivaient dans le cœur du Lieu saint, certains historiens affirment, comme s’ils avaient été là, que les neufs fondateurs entreprenaient des recherches de type archéologique et qu’ils auraient découvert des " vérités interdites " (comme par exemple l’absence du Christ dans son tombeau, sans rire ?) Peut-être reconnaissaient-ils le terrain ? (quartiers chauds, boites de nuits…) De toutes façons, leur solitude fut quand même interrompue par la visite du comte Hugues de Champagne en 1126 qui se joignit à eux et offrit tous ses biens au Temple.


Là-dessus, en 1127, le recrutement commence fort et les dates importantes se succèdent rapidement. En 1128, eut lieu le Concile de Troyes où saint Bernard de Clairvaux rédigea les premiers statuts de l’Ordre (règle définitive en 1140). En 1148, le Pape détermina leur uniforme : ce sera le manteau blanc orné sur l’épaule d’une croix rouge pattée (le blanc pour la pureté, la chasteté et la lumière ; le rouge pour l’amour divin). Leur gonfanon (étendard) sera le Beaucéant (ou Baussant) aux couleurs blanc et noir (le noir signifiant le mal et les ténèbres) avec la croix rouge pattée. A noter que les écuyers, les " frères-sergents " et les servants seront habillés soit de noir, soit de gris (avec la croix rouge pattée) ou porteront les habits usagers de leurs frères chevaliers et ne posséderont généralement qu’un seul cheval.

Les chevaliers, quant à eux, (issus de la noblesse séculière) posséderont trois chevaux : le destrier pour les combats, le palefroi pour les voyages et le cheval de bât. Symboliquement, ils étaient si pauvres qu’ils ne disposaient que d’un seul cheval pour deux (le sceau du Temple représente d’ailleurs deux cavaliers sur un seul cheval). Ceci exprime la solidarité entre les frères TEMPLIERS (voir pages suivantes) qui mangeaient (copieusement) à deux dans la même gamelle. Le vin leur était autorisé…(ouf !).

L’épopée des Templiers est en route pour deux siècles.


Les chevaliers au blanc manteau protégeaient les pèlerins, mais sauvaient également les rois des désastres en Terre Sainte. Leurs très haute valeur militaire augmentée de leur puissante et noble force morale, terrorisaient leurs ennemis, suscitaient l’admiration des peuples et provoquait la hargne d’une grosse partie de la noblesse chrétienne. Pour les seigneurs féodaux, ces TEMPLIERS constituaient à leur corps défendant, une sorte d’" insoumis révolutionnaires " (quoique le terme révolutionnaire n’ait que peu de signification pour le Moyen Age). Diable ! leur mode de vie témoignait d’un exemple difficile à suivre, par les nobles bambocheurs et querelleurs. En outre, l’orgueil des princes en prenait souvent pour son grade, lorsqu’ils venaient quémander l’argent de ces pauvres Chevaliers du Christ pour régler la rançon de chrétiens capturés par les musulmans.

Comme ils ne dépendaient d’aucune autorité séculière (sauf du Pape et encore…), les TEMPLIERS ne se privaient pas de manifester leur indépendance. Quand le roi venait réclamer leur appui avant la bataille, le Grand Maître (ou le Commandeur du lieu) acceptait, à la condition toutefois, que les chevaliers au blanc manteau conduisent la charge et puissent diriger la manœuvre. Bien obligé, le monarque acceptait en étouffant sa rancœur. Certains chroniqueurs de l’époque, ne voulaient pas comprendre que les TEMPLIERS agissaient avec autant de bravoure que d’intelligence. Ils les accusaient de toujours monter en première ligne pour s’emparer de la plus belle part du butin. Pourtant, depuis les premières victoires éclatantes des armées féodales, l’eau avait coulé sous les ponts. Les Turcs, loin d’être des imbéciles, avaient étudié la trop simpliste stratégie militaire des Francs. Le coup de la charge de cavalerie avait fait son temps. En outre, l’infanterie musulmane évitait, autant que possible, d’engager le combat avec les puissants piétons chrétiens contre lesquels ils n’avaient aucune chance. La technique du harcèlement, la parfaite connaissance du terrain, l’adaptation au climat et les traquenards permettaient à l’Islam de reprendre du poil de la bête. Les Infidèles craignaient surtout les moines-soldats, aussi redoutables dans la guérilla que dans les batailles rangées, eux qui éventaient les pièges et venaient à bout de trois guerriers en même temps (le " 3 " étant leur chiffre " magique ")(*). D’ailleurs, lorsque des Chrétiens étaient capturés, la plupart étaient échangés contre une rançon ou vendus comme esclave, tandis que les valeureux TEMPLIERS, étaient systématiquement égorgés ou décapités.

Quelques péripéties


L’historien et romancier Georges Bordonove a écrit un livre très fouillé et objectif sur les TEMPLIERS, paru aux éditions " Marabout ". Le meilleur moyen de découvrir de manière complète les aventures épiques des chevaliers du Christ consiste simplement à se procurer sans tarder ce remarquable ouvrage, dont nous faisons référence. Le présent recueil, ne peut livrer ici que quelques courts extraits.

 

Le défilé des monts Cadmus

Sous la conduite du roi de France Louis VII, les Croisés s’engagèrent dans le défilé des monts Cadmus (surnommé la " montagne exécrable). Discipline militaire et féodalité ne faisant pas bon ménage, le vassal chargé de partir en reconnaissance, n’en fit qu’à sa tête. Plutôt que d’attendre le gros de la troupe, il installa son avant-garde de l’autre côté du versant de la montagne. En séparant les forces franques, il offrait ainsi un somptueux cadeau aux Turcs qui ne se firent pas prier. Les traits fusaient sur l’armée chrétienne encerclée. Les Cavaliers étaient désarçonnés, tandis que chevaux et fantassins s’enfuyaient dans tous les sens. Cette expédition allait se conclure dans la plus profonde confusion, sans Everard des Barres, le Maître du Temple de Paris (futur Grand Maître), qui réorganisa et rassura les troupes franques en débandade. Mais plutôt que de foncer tête baissée dans un autre piège, comme l’aurait fait un quelconque seigneur franc, une partie des chevaliers au blanc manteau en réalisant un mouvement tournant, enveloppa les assaillants, tandis que les autres rassemblaient tous les chevaux et encadraient l’arrière-garde. Sauvé in extremis par le courage et le sang froid des TEMPLIERS, dont il devint un ardent partisan, le roi Louis VII remit le commandement de son armée à Everard des Barres à qui il emprunta ensuite une forte somme d’argent. Par ce prêt, la croisade fut sauvée une seconde fois.

Ascalon


Evitant de justesse une guerre civile avec sa propre mère, la reine Mélissande, qu’il assigna à résidence pour avoir enfin la paix, le roi Baudouin III envisageait d’entreprendre le siège d’Ascalon. Les TEMPLIERS, en liquidant une division égyptienne et en effaçant dans leur foulée un contingent turc, ajoutaient le château neuf de Gaza à leur forteresse de Safet et à leurs autres propriétés de Palestine. Les pèlerins affluaient.

Mis en appétit par ces victoires, le roi décida de passer à l’attaque.

Ascalon était une imposante ville adossée à la mer et défendue par cent cinquante tours disposées sur une double enceinte. Jardins et vergers prospères entouraient la cité, dont la vocation demeurait surtout militaire. Les habitants étaient tous familiarisés au maniement des armes.

A l’issue d’un siège sanglant, une partie de la muraille s’écroula enfin. Alors, tous les Croisés s’élancèrent vers la brèche dans la plus grande pagaille. Cependant, les TEMPLIERS, fidèles à la tradition, se trouvaient en première ligne et constatèrent que la garnison, plutôt que de fuir, s’était convenablement ressaisie. L’armée chrétienne allait inévitablement se faire massacrer. Les quarante chevaliers au blanc manteau bloquèrent l’élan désordonné des chrétiens et repoussèrent les Ascalonites le temps nécessaire au regroupement des Croisés. L’armée du roi fut sauvée, mais les quarante héros commandés par leur Grand Maître, Bernard de Trémelay périrent tous au combat. Leurs dépouilles furent suspendues aux remparts, afin d’impressionner les Croisés.

Complètement découragés par la mort des moines-soldats, malgré l’arrivée d’importants renforts, les assiégeants s’apprêtaient à lever le siège. Ignorant l’état d’esprit de leurs ennemis, les assiégés désespérés de ne recevoir aucun secours, capitulèrent. Ils reçurent toutefois les honneurs de la guerre, le 19 août 1153.

En hommage à leur sublime bravoure, Guillaume de Tyr, chroniqueur et riche prince d’Eglise, affreusement jaloux de leur puissance et de leur vaillance, trempa sa plume dans du venin pour calomnier ces héros au cœur pur. Il prétendait que les chevaliers au blanc manteau avaient agi par appât du gain en voulant être les premiers à s’emparer du butin. Il omettait bien entendu de préciser que les TEMPLIERS, ayant fait vœu de pauvreté, ne pouvaient disposer d’aucune fortune personnelle et que la plupart des Grands Maîtres mourraient au combat. Involontairement, il décrit d’ailleurs lui-même la manière désordonnée et imprudente des Croisés qui allaient s’engouffrer dans la ville et explique le rôle salvateur du sacrifice des TEMPLIERS. Ceux-ci commençaient déjà à déranger…

Richard Cœur de Lion

Mauvais roi, piètre stratège, guerrier au cœur de lion et négociateur au caractère de cochon, Richard d’Angleterre, se fit beaucoup d’ennemis…dans les deux camps.

S’alliant avec le roi de France, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion personnifiait le panache de cette 3ème croisade. L’heure était grave, car après Jérusalem, beaucoup d’autres villes avaient été reprises par les musulmans.

Forte d’une armée de plus de cent mille hommes, dont les femmes avaient été exclues (même les ribaudes(*) par Richard, cette sainte expédition prenait la même tournure, en plus puissante encore, que la première croisade. Les victoires chrétiennes se multipliaient à un rythme soutenu. La " contre-croisade " tant espérée par Saladin battait de l’aile, toutes ses armées se faisant décimer les unes après les autres. Lui-même commençait à douter de l’Islam et fustigeait les siens, dont la foi semblait bien fragile à côté de celle des Croisés. Ceux-ci reprenaient d’ailleurs possession de toutes les places fortes perdues. L’une des plus prestigieuses à se rendre aux chrétiens fut sans conteste

Précedente Suivante