A l’aube du 21ème siècle…


Cette prodigieuse et fulgurante expansion fut inexpliquée à l’époque et le reste encore aujourd’hui. Animés de concepts différents, un cerveau " bien-pensant " du 20ème siècle, ne comprend pas mieux le bon sens des idéalistes. Comment expliquer que le seul égoïsme intelligent n’est rien moins que la solidarité ? A moins, que les TEMPLIERS n’aient réussi à changer simultanément l’homme et le système, adaptant l’un à l’autre et vice versa ? Quoi qu’il en soit, nous n’imaginons pas un seul instant que la plupart de nos économistes et banquiers contemporains, découvrent un jour l’énigme de ce mystère.

A moins que par l’opération du Saint Esprit, les grands décideurs comprennent subitement que pour survivre et prospérer, l’économie doit absolument s’engager dans la voie sociale et à l’échelle planétaire. Imaginons un instant que les seigneurs des complexes militaros-industriels, décident de construire pour la paix, plutôt que de fabriquer des machines de guerres. En prime, ils restitueraient la haute technologie d’aujourd’hui à son propriétaire légitime, l’être humain. Rêvons que les pays les plus industrialisés abandonnent la dette du tiers monde. Nous pourrions enfin connaître la véritable humanité.. Fort heureusement, le rêve reste encore gratuit et autorisé, mais constitue la seule nourriture de l’incommensurable multitude de malheureux. Au moment où ces lignes s’impriment, deux milliards six cent millions d’humains meurent de faim, alors que le patrimoine des 225 personnes les plus riches du globe, suffirait à leur offrir le minimum vital (étude réalisée par un économiste libéral et publiée dans la Nouvelle Gazette d’octobre 1998).

Plutôt que de répartir ces colossales richesses, les maîtres du monde nous montrent, par le truchement de leur télévision, les os saillants et les seins plats d’une maman soudanaise qui s’efforce d’allaiter son bébé mourant. A la suite de ce clip " coup de poing " un petit commentaire demande aux téléspectateurs consternés d’offrir rapidement leurs dons à un numéro de compte en banque qui s’affiche sur l’écran. En espérant qu’une partie de l’argent versé arrive à son véritable destinataire (la maman et le bébé vus dans le poste, quant à eux, seront peut-être morts depuis longtemps). Ces dons sont-ils le prix de la bonne conscience ? Ce bouchon de sable, placé dans la faille du barrage ne réussira pas toujours à empêcher le déferlement de l’océan d’affamés. La confrontation " nord-sud " remplacera-t-elle l’ancienne menace " est-ouest " ? Nous connaîtrons probablement la réponse que CNN voudra bien nous communiquer à l’occasion d’une prochaine opération militaro-chirurgicale du style " tempête du désert ". Comme dirait le regretté Pierre Desproges (dans sa chronique de la haine ordinaire), pourquoi ne pas secourir l’humanité avec le budget destiné aux armées et faire la guerre avec les collectes humanitaires?

Trop Humains ?

Bien entendu, les TEMPLIERS incarnaient la probité, l’intelligence, la sécurité, la rigueur, la douceur, la charité et la puissance face au chaos médiéval. Ils ne pouvaient que rencontrer l’adhésion massive des populations malmenées. Tout en faisant régulièrement la charité aux pauvres et les protégeant en permanence, ils rémunéraient convenablement le travail bien fait. Spolié et humilié continuellement par la noblesse séculière, le peuple souhaitait ardemment se mettre au service du TEMPLE et travaillait pour lui de toutes ses forces et de son mieux. Le progrès social prenait son envol en lâchant au passage ses besoins sur la tête du pouvoir féodal.


Les sciences n’étaient pas en reste. Dans leurs bagages, les chevaliers au blanc manteau avaient rapporté des trésors autant intellectuels que matériels. En excellents guerriers qu’ils étaient, ils ne sous-estimaient jamais l’adversaire. Au fil des ans, ils avaient même appris à vivre ensemble et à se respecter. Or, l’orient était beaucoup plus évolué que l’occident dans des domaines aussi pointus que la médecine ou l’arithmétique (dont nous utilisons encore les chiffres) par exemple. Les occidentaux étaient d’ailleurs considérés comme des barbares arriérés par les Arabes. Un chroniqueur oriental de l‘époque, décrit avec effarement les soins prodigués par les " physiciens " occidentaux qui coupaient une jambe pour soigner un abcès (exemple parmi d’autres). Les TEMPLIERS, quant à eux, courageux mais pas fous, ne manquaient pas de se faire soigner par les médecins musulmans. Un spectateur avisé n’aurait pu discerner la différence entre un médecin et un grand inquisiteur chrétien. Tous deux soignaient quelque chose, le premier s’occupait du corps et le second de l’âme…mais en utilisant les mêmes outils de torture.

Bref, ces avancées culturelles ramenées en occident contribuaient à émanciper les petites gens. Ce qui ne manquait pas d’inspirer une peur bleue au pouvoir féodal.

Quant à la religion, les TEMPLIERS essayèrent d’éliminer les points de discorde entre chrétiens et musulmans, s’efforçant de rassembler toutes les nuances, tant occidentales qu’orientales sous une même croyance cohérente. Ils ne traitaient pas les hérétiques en ennemis, car ils estimaient que tous les hommes étaient les créatures d’un seul Dieu rassembleur. Les Inquisiteurs risquaient le chômage. Quelqu’un a écrit que le nationalisme représentait la haine des autres, tandis que le patriotisme traduisait l’amour des siens.

Les pauvres chevaliers du christ étaient de grands patriotes de l’humanité.

Ils faisaient faire un grand bond en avant à l’histoire par l’élaboration d’un projet de société plus humaine. Ce changement positif et radical, tellement nécessaire, ne pouvait que révolutionner la vie au Moyen Age. Dans ce contexte les moines-chevaliers fascinaient autant les humbles qu’ils horrifiaient les puissants.


Hélas, les saines révoltes de bon sens, même quand elles sont correctement organisées paraissent souvent fragiles face à la rage des nantis. L’idée de partager ou de répartir correctement les richesses et les privilèges avec ceux qui ne possèdent que l’intelligence et leur force de travail, même quand il s’agit de la moindre des choses, a toujours suscité l’effroi des possédants. Lorsque Bill Gate, l’homme le plus riche de la planète, s’est pris une tarte à la crème en plein visage, lors de sa visite en Belgique, a-t-il compris que le " terroriste pâtissier " lui avait tout simplement rappelé qu’il n’était qu’un " vulgaire " mortel comme les autres ? Cette indifférence ou ce sentiment de légitimité dans l’opulence freine constamment l’évolution de l’Humanité, quand elle ne la fait pas régresser. Le fossé de haine entre riches et pauvres ne fait que se creuser inexorablement. L’Histoire ne se répète pas, elle bégaye…


Les TEMPLIERS avaient rassemblé sous leur seule bannière : biens matériels, progrès scientifiques, émulation philosophique et puissance politique. En plus, ils avaient prouvé dans les faits que l’ensemble fonctionnait par la démonstration d’une réussite totale dans tous les secteurs. Cette preuve n’a pu que déclencher une vision apocalyptique dans le cerveau exigu des puissants de l’époque. Un peu comme une marche blanche qui décréterait le changement de culture politique. Encore faudrait-il savoir dans quelle direction elle va…

Les TEMPLIERS devaient donc périr dans les flammes de l’enfer. A l’issue d’un procès inique et scandaleux, Philippe le Bel (*)et Nogaret, avec la complicité d’un Pape insignifiant et veule (Clément V), en firent brûler plusieurs, mais ne parvinrent qu’à détruire leur enveloppe charnelle. Ces trois illustres bourreaux moururent d’ailleurs de façon mystérieuse dans l’année, comme le leur avait promis le Grand Maître Jacques de Molay en montant sur le bûcher à Paris, le 18 mars 1314. L’anecdote nous rapporte que Philippe le Bel, sentant sa mort venir, se souvint avec effroi de la malédiction que le Grand maître avait ajoutée à la sentence divine " …maudit jusqu’à la 13me génération ". Ce monarque de fer partit pour l’éternité avec une expression de terreur, les yeux grands ouverts, malgré les multiples efforts de ses proches pour lui abaisser les paupières. Quant à la France, elle s’engageait dans une guerre de cent ans avec l’Angleterre…

(*) Comble de l’ingratitude, quelques années auparavant, les TEMPLIERS avaient sauvé la vie de Philippe le Bel poursuivi par les Parisiens en révolte, en l’hébergeant au Temple de Paris .Il est également connu que ce monarque avait insisté pour adhérer au TEMPLE et que sa demande avait été rejetée. Fasciste avant l’heure, Philippe le Bel faisait brûler les Juifs et s’emparaient de tous leurs biens. Il est mort d’un ictus au cerveau. Le pape Clément, soigné pour ses intestins, reçut en guise de remède miracle, des émeraude s broyées qui lui donnèrent le coup de grâce. Quant à Guillaume de Nogaret, il serait mort empoisonné par l’intoxication d’une chandelle (dans laquelle quelques ingrédients avaient été rajoutés). La main de l’homme avait servi la volonté de Dieu….


Quelques siècles plus tard, lorsque la tête de Louis XVI tomba sous le couperet de la guillotine, un homme dans la foule s’écria : " Jacques de Molay est vengé ! ". Ce dernier roi capétien, lointain descendant de Philippe le Bel avait passé ses dernières heures dans le donjon du … Temple de Paris.

 

L’aventure n’est peut-être pas terminée.


Tous les biens immobiliers des TEMPLIERS de France et des Flandres furent attribués aux HOSPITALIERS, tandis que leur légendaire trésor passa sous le nez de Philippe le Bel. Ce roi, aussi cupide que cruel, alors qu’il disposait de la comptabilité du Temple, ne comprit absolument rien au mécanisme financier qu’il avait sous les yeux. La France retombait dans le marasme.

En Italie, leur destinée variait selon les seigneurs locaux. Très peu nombreux en Allemagne, domaine quasi exclusif des CHEVALIERS TEUTONS, ils y connurent également des sorts divers. En Ecosse et en Angleterre, ils auraient créé la FRANC-MACONNERIE. Par contre, au Portugal (où se dresse encore à Thomar, leur splendide forteresse) ils furent tous acquittés et conservèrent la totalité de leurs domaines. Cependant, pour rester en paix avec l’Eglise qui les avait excommuniés (par une bulle papale ou une encyclique qui claque), ils reprirent leur ancien nom de " CHEVALIERS DU CHRIST ", gardèrent leur uniforme en ajoutant une croix blanche à l’intérieur de la croix rouge pattée. En Espagne, ils devinrent l’Ordre de Montessa.

De nos jours…


Nos contemporains spécialistes de l’histoire templière ne comprennent toujours pas comment la plus puissante force militaire, politique et économique d’Europe s’est laissé détruire. Les TEMPLIERS n’offrirent pratiquement aucune résistance, lorsque les troupes royales vinrent les appréhender. Certes, ils ne pouvaient lever l’épée contre d’autres chrétiens, mais tout de même ! Le monde n’était peut-être pas encore prêt pour accueillir leur conception de la vie ? Un mystère de plus ? En tout cas, ce ne fut jamais qu’un reniement supplémentaire, commis par un Pape qui savait de qui tenir…


Mais les fleuves de sang du Moyen Age se sont transformés en ruisseaux d’encre et en pluies d’ondes à l’époque d’Internet. D’autant plus qu’il arrive trop souvent que des fous dangereux transforment un joyau d’altruisme libérateur en brique sectaire. A côté de braves gens qui s’efforcent de perpétuer l’esprit du Temple, d’autres profitent de la bêtise ou du désarroi de leurs semblables pour les embrigader dans de sinistres caricatures de confréries qui se révèlent en réalité n’être rien moins que des sectes dangereuses (par ex. Le TEMPLE SOLAIRE de Jouret et Di Mambro qui ont entraîné 53 personnes dans la mort). Les CHEVALIERS AU BLANC MANTEAU permettaient au cerveau humain de développer le maximum de ses capacités par l’étude, les recherches et l’analyse. Ils dynamisaient le mécanisme de la pensée par l’érudition, à l’opposé des sectes qui enferment le raisonnement et le libre arbitre dans un dogme réducteur et tyranique.

L’âme des TEMPLIERS est demeurée intacte, tandis que leur esprit continue à traverser les siècles. Ils reviendront, à moins qu’ils ne soient déjà parmi nous. Qui sait ?

" Chaque frère doit s’efforcer de vivre honnêtement et de montrer bon exemple aux gens du siècle et d’autres couvents, en toutes choses, de telle manière que ceux qui le verront ne puissent rien noter de mal en son comportement, ni dans sa façon de chevaucher, ou d’aller, ou de boire, ou de manger, ou de regarder, dans aucun de ses actes ni aucune de ses œuvres. " (REGLE DU TEMPLE)

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